Samedi 15 décembre 2007

3

et ce magnifique poème de Fernando Pessoa
Bureau de tabac

Je ne suis rien
Jamais je ne serai rien.
Je ne puis vouloir être rien.
Cela dit, je porte en moi tous les rêves du monde.

Fenêtres de ma chambre,
de ma chambre dans la fourmilière humaine unité ignorée
(et si l’on savait ce qu’elle est, que saurait-on de plus ?),
vous donnez sur le mystère d’une rue au va-et-vient continuel,
sur une rue inaccessible à toutes les pensées,
réelle, impossiblement réelle, précise, inconnaissablement précise,
avec le mystère des choses enfoui sous les pierres et les êtres,
avec la mort qui parsème les murs de moisissure et de cheveux blancs les humains,
avec le destin qui conduit la guimbarde de tout sur la route de rien.

Je suis aujourd’hui vaincu, comme si je connaissais la vérité;
lucide aujourd’hui, comme si j “étais à l’article de la mort,
n’ayant plus d’autre fraternité avec les choses
que celle d’un adieu, cette maison et ce côté de la rue
se muant en une file de wagons, avec un départ au sifflet venu du fond de ma tête,
un ébranlement de mes nerfs et un grincement de mes os qui démarrent.

Je suis aujourd’hui perplexe. comme qui a réfléchi, trouvé, puis oublié.
Je suis aujourd’hui partagé entre la loyauté que je dois
au Bureau de Tabac d’en face, en tant que chose extérieurement réelle
et la sensation que tout est songe, en tant que chose réelle vue du dedans.

J’ai tout raté.
Comme j’étais sans ambition, peut-être ce tout n’était-il rien.
Les bons principes qu’on m’a inculqués,
je les ai fuis par la fenêtre de la cour.
Je m’en fus aux champs avec de grands desseins,
mais là je n’ai trouvé qu’herbes et arbres,
et les gens, s’il y en avait, étaient pareils à tout le monde.
Je quitte la fenêtre, je m’assieds sur une chaise. A quoi penser ?

Que sais-je de ce que je serai, moi qui ne sais pas ce que je suis ?
Etre ce que je pense ? Mais je crois être tant et tant !
Et il y en a tant qui se croient la même chose qu’il ne saurait y en avoir tant !
Un génie ? En ce moment
cent mille cerveaux se voient en songe génies comme moi-même
et l’histoire n’en retiendra, qui sait ? même pas un ;
du fumier, voilà tout ce qui restera de tant de conquêtes futures.
Non, je ne crois pas en moi.
Dans tous les asiles il est tant de fous possédés par tant de certitudes !
Moi, qui de certitude n’ai point, suis-je plus assuré, le suis-je moins ?
Non, même pas de ma personne…
En combien de mansardes et de non-mansardes du monde
n’y a-t-il à cette heure des génies-pour-soi-même rêvant ?
Combien d’aspirations hautes, lucides et nobles -
oui, authentiquement hautes, lucides et nobles -
et, qui sait ? réalisables, peut-être…
qui ne verront jamais la lumière du soleil réel et qui
tomberont dans l’oreille des sourds ?

Le monde est à qui naît pour le conquérir,
et non pour qui rêve, fût-ce à bon droit, qu’il peut le conquérir.
J’ai rêvé plus que jamais Napoléon ne rêva.
Sur mon sein hypothétique j’ai pressé plus d’humanité que le Christ,
j’ai fait en secret des philosophies que nul Kant n’a rédigées,
mais je suis, peut-être à perpétuité, l’individu de la mansarde,
sans pour autant y avoir mon domicile :
je serai toujours celui qui n’était pas né pour ça ;
je serai toujours, sans plus, celui qui avait des dons ;
je serai toujours celui qui attendait qu’on lui ouvrît la porte
auprès d’un mur sans porte
et qui chanta la romance de l’Infini dans une basse-cour,
celui qui entendit la voix de Dieu dans un puits obstrué.
Croire en moi ? Pas plus qu’en rien…
Que la Nature déverse sur ma tête ardente
son soleil, sa pluie, le vent qui frôle mes cheveux ;
quant au reste, advienne que pourra, ou rien du tout…

Esclaves cardiaques des étoiles,
nous avons conquis l’univers avant de quitter nos draps,
mais nous nous éveillons et voilà qu’il est opaque,
nous nous éveillons et voici qu’il est étranger,
nous franchissons notre seuil et voici qu’il est la terre entière,
plus le système solaire et la Voie lactée et le Vague Illimité.

(Mange des chocolats, fillette ;
mange des chocolats !
Dis-toi bien qu’il n’est d’autre métaphysique que les chocolats,
dis-toi bien que les religions toutes ensembles n’en apprennent
pas plus que la confiserie.
Mange, petite malpropre, mange !
Puissé-je manger des chocolats avec une égale authenticité !
Mais je pense, moi, et quand je retire le papier d’argent, qui d’ailleurs est d’étain,
je flanque tout par terre, comme j’y ai flanqué la vie.)
Du moins subsiste-t-il de l’amertume d’un destin irréalisé
la calligraphie rapide de ces vers,
portique délabré sur l’Impossible,
du moins, les yeux secs, me voué-je à moi-même du mépris,
noble, du moins, par le geste large avec lequel je jette dans le mouvant des choses,
sans note de blanchisseuse, le linge sale que je suis
et reste au logis sans chemise.

(Toi qui consoles, qui n’existes pas et par là même consoles,
ou déesse grecque, conçue comme une statue douée du souffle,
ou patricienne romaine, noble et néfaste infiniment,
ou princesse de troubadours, très- gente et de couleurs ornée,
ou marquise du dix-huitième, lointaine et fort décolletée,
ou cocotte célèbre du temps de nos pères,
ou je ne sais quoi de moderne - non, je ne vois pas très bien quoi -
que tout cela, quoi que ce soit, et que tu sois, m’inspire s’il se peut !
Mon coeur est un seau qu’on a vidé.
Tels ceux qui invoquent les esprits je m’invoque
moi-même sans rien trouver.
Je viens à la fenêtre et vois la rue avec une absolue netteté.
Je vois les magasins et les trottoirs, et les voitures qui passent.
Je vois les êtres vivants et vêtus qui se croisent,
je vois les chiens qui existent eux aussi,
et tout cela me pèse comme une sentence de déportation,
et tout cela est étranger, comme toute chose. )

J’ai vécu, aimé - que dis-je ? j’ai eu la foi,
et aujourd’hui il n’est de mendiant que je n’envie pour le seul fait qu’il n’est pas moi.
En chacun je regarde la guenille, les plaies et le mensonge
et je pense : « peut-être n’as-tu jamais vécu ni étudié, ni aimé, ni eu la foi »
(parce qu’il est possible d’agencer la réalité de tout cela sans en rien exécuter) ;
« peut-être as-tu à peine existé, comme un lézard auquel on a coupé la queue,
et la queue séparée du lézard frétille encore frénétiquement ».

J’ai fait de moi ce que je n’aurais su faire,
et ce que de moi je pouvais faire je ne l’ai pas fait.
Le domino que j’ai mis n’était pas le bon.
On me connut vite pour qui je n’étais pas, et je n’ai pas démenti et j’ai perdu la face.
Quand j’ai voulu ôter le masque
je l’avais collé au visage.
Quand je l’ai ôté et me suis vu dans le miroir,
J’avais déjà vieilli.
J’étais ivre, je ne savais plus remettre le masque que je n’avais pas ôté.
Je jetai le masque et dormis au vestiaire
comme un chien toléré par la direction
parce qu’il est inoffensif -
et je vais écrire cette histoire afin de prouver que je suis sublime.

Essence musicale de mes vers inutiles,
qui me donnera de te trouver comme chose par moi créée,
sans rester éternellement face au Bureau de Tabac d’en face,
foulant aux pieds la conscience d’exister,
comme un tapis où s’empêtre un ivrogne,
comme un paillasson que les romanichels ont volé et qui ne valait pas deux sous.

Mais le patron du Bureau de Tabac est arrivé à la porte, et à la porte il s’est arrêté.
Je le regarde avec le malaise d’un demi-torticolis
et avec le malaise d’une âme brumeuse à demi.
Il mourra, et je mourrai.
Il laissera son enseigne, et moi des vers.
A un moment donné mourra également l’enseigne, et
mourront également les vers de leur côté.
Après un certain délai mourra la rue où était l’enseigne,
ainsi que la langue dans laquelle les vers furent écrits.
Ensuite mourra la planète tournante où tout cela est arrivé.
En d’autres satellites d’autres systèmes cosmiques, quelque chose
de semblable à des humains
continuera à faire des espèces de vers et à vivre derrière des manières d’enseignes,
toujours une chose en face d’une autre,
toujours une chose aussi inutile qu’une autre,
toujours une chose aussi stupide que le réel,
toujours le mystère au fond aussi certain que le sommeil du mystère de la surface,
toujours cela ou autre chose, ou bien ni une chose ni l’autre.

Mais un homme est entré au Bureau de Tabac (pour acheter du tabac ?)
et la réalité plausible s’abat sur moi tout soudain.
Je me soulève à demi, énergique, convaincu, humain,
et je vais méditer d’écrire ces vers où c’est l’inverse que j’exprime.
J’allume une cigarette en méditant de les écrire
et je savoure dans la cigarette une libération de toutes les pensées.
Je suis la fumée comme un itinéraire autonome, et je goûte, en un moment sensible et compétent,
la libération en moi de tout le spéculatif
et la conscience de ce que la métaphysique est l’effet d’un malaise passager.

Ensuite je me renverse sur ma chaise
et je continue à fumer
Tant que le destin me l’accordera je continuerai à fumer.

(Si j’épousais la fille de ma blanchisseuse,
peut-être que je serais heureux.)
Là-dessus je me lève. Je vais à la fenêtre.

L’homme est sorti du bureau de tabac (n’a-t-il pas mis la
monnaie dans la poche de son pantalon?)
Ah, je le connais: c’est Estève, Estève sans métaphysique.
(Le patron du bureau de tabac est arrivé sur le seuil.)
Comme mû par un instinct sublime, Estève s’est retourné et il m’a vu.
Il m’a salué de la main, je lui ai crié: “Salut Estève !”, et l’univers
s’est reconstruit pour moi sans idéal ni espérance, et le
patron du Bureau de Tabac a souri.

 

 

 

La boulange

 

Nick Cave

 

hautbois

Par nomansland
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Samedi 15 décembre 2007

3

Certaines personnes partagent un peu de notre chemin

 

"La vie est ainsi faite :  Certaines personnes partagent un peu de notre chemin puis s'en vont sur le leur.
D'autres nous suivent du début à la fin. Bien peu en fait.
Je reste persuadée que chaque personne a quelque chose à m'apporter.
C'est parfois évident, souvent obscur."

 

 

PARIS PARIS

 

  PARIS PARIS
 
je marche dans tes rues
  qui me marchent sur les pieds
  je bois dans tes cafés
 
  je traine dans tes métros
  tes trottoirs m'aiment un peu trop
  je rêve dans tes bistrots
 
  je m'assois sur tes ponts
  je regarde tes momuments
  je trinque à la santé de tes amants
 
  je laisse couler tes seines
  sous tes pentes à rengaines
  toujours après la peine.

 

Souad Massi

 

« Toute fleur qui s’ouvre, on dirait qu’elle m’ouvre les yeux. Dans l’inattention. Sans qu’il y ait aucun acte de volonté d’un c

 

« Toute fleur qui s’ouvre, on dirait qu’elle m’ouvre les yeux. Dans l’inattention. Sans qu’il y ait aucun acte de volonté d’un côté ni de l’autre.
 
Elle ouvre, en s’ouvrant, autre chose, beaucoup plus qu’elle-même. C’est pressentir cela qui vous surprend et vous donne la joie.
 
Alors même qu’il vous arrive désormais, par instants, de trembler, comme quelqu’un qui a peur et qui croit, prétend ne pas savoir pourquoi. »
 
  Philippe Jaccottet, Et, néanmoins

 

Parlons d'amour, donc. Vous écrivez: «Certaines femmes sont des trappes où l'on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus

 

 

 

    E.-E.S. L'amour est la fréquentation assidue d'un mystère. Ce n'est pas satisfaisant (puisque ce mystère ne sera jamais percé) mais c'est passionnant. Aimer, c'est donc d'abord consentir au lien démesuré que l'on consent avec l'autre. Puis se rendre compte que ce lien ne sera jamais ni la connaissance de l'autre ni la possession de l'autre. Ce sera juste la fréquentation assidue de quelque chose qui nous échappe toujours: l'autre dans sa liberté, dans ses volte-face, dans ses capacités de partir ou de revenir, de dire non... Il y a dans l'amour un abandon quiétiste. Dans l'amour humain comme dans l'amour divin. Ce qui m'intéresse, c'est l'attachement irréversible, le lien impossible à défaire même lorsque la vie amoureuse devient insupportable.  

 

    En ce sens, aimer et écrire sont donc deux fréquentations d'un secret qu'il faut accepter de ne jamais percer?  

 

    E.-E.S. Oui, la similitude est grande. Au départ, il y a un impérialisme dans l'écriture, c'est-à-dire une volonté de s'approcher du secret, de le révéler et de le résoudre. Puis vient la période de l'humilité, c'est-à-dire le moment où l'on comprend que ce secret est précisément ce qui nous rend fécond, qu'on ne parviendra jamais à le posséder et qu'on ne doit pas y parvenir. L'amour est semblable: accepter de ne pas posséder le secret de l'autre, se rendre compte que c'est précisément parce qu'on ne cherche pas à le percer que l'amour se fortifie. La littérature vise à rendre du mystère, pas à en percer. L'amour aussi, je crois. La philosophie cherche à résoudre le mystère tandis que l'art, au contraire, célèbre le mystère.  

 

    Eric-Emmanuel Schmitt  

 

 

Les poèmes sont tissés de lécume des jours. Ils sont autant de voyages dans la profondeur la plus secrète de chaque être. Ils s

 

Les poèmes sont tissés de lécume des jours. Ils sont autant de  voyages dans la profondeur la plus secrète de chaque être. Ils sont fait  dece langage inconnu et intraduisible qui échappe à chacun et parle à leur part la plus profonde.

 

 

« Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même – aussi naturellement que peut le faire la vue d’un cerisier en fleur o

 

« Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même – aussi naturellement que peut le faire la vue d’un cerisier en fleur ou d’un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c’est leur présence. »

 

Christian Bobin

 

 

"les oeuvres qui possèdent une sorte d'imperfection sont celles qui parlent le plus à nos coeurs, précisément parce qu'elles son

 

"les oeuvres qui possèdent une sorte d'imperfection sont celles qui parlent le plus à nos coeurs, précisément parce qu'elles sont imparfaites." (H.M. , p146)

 

piazzola

 

 

 

CANTO TOSCAN

 

ANTO TOSCAN

« Suivre le poisson, suivre l’oiseau,
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu’au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu’à devenir
Rien. Rien que le bleu d’où un jour
A surgi l’ardente métamorphose,

Le Désir même de nage, de vol. »

 

 

 

Par nomansland
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Samedi 15 décembre 2007

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Jules Supervielle, Les Amis inconnus

 

 


 

Homme égaré dans les siècles,
  Ne trouveras-tu jamais un contemporain ?
  Et celui-là qui s’avance derrière de hauts cactus
  Il n’a pas l’âge de ton sang qui dévale de ses montagnes,
  Il ne te connaît pas les rivières où se trempe ton regard
  Et comment savoir le chiffre de sa tête recéleuse ?
  Ah ! Tu aurais tant aimé les hommes de ton époque
  Et tenir dans tes bras un enfant rieur de ce temps-là !
  Mais sur ce versant de l’Espace
  Tous les visages t’échappent comme l’eau et le sable,
  Tu ignores ce que connaissent même les insectes, les gouttes d’eau,
  Ils trouvent incontinent à qui parler ou murmurer,
  Mais à défaut d’un visage
  Les étoiles comprennent ta langue
  Et d’instant en instant, familières des distances,
  Elles secondent ta pensée, lui fournissent des paroles,
  Il suffit de prêter l’oreille lorsque se ferment les yeux.
  Oh ! Je sais, je sais bien que tu aurais préféré
  Etre compris par le jour que l’on nomme aujourd’hui
  A cause de sa franchise et de son air ressemblant
  Et par ceux-là qui se disent sur la terre tes semblables
  Parce qu’ils n’ont pour s’exprimer du fond de leurs années-lumière
  Que le scintillement d’un cœur
  Obscur pour les autres hommes.

 

Guy Gofette Un peu d'or dans la boue VI

 

 


 

Guy Gofette Un peu d'or dans la boue VI

Et tu finis par ranger le livre, là-haut,
  à sa place exacte, ce petit creux d'ombre et d'oubli
  comme le coin de terre qui te revient.
  Tu reviens toi aussi

  à ta place, devant la fenêtre, la table,   
  ce carré de neige que nul encore n'a forcé   
  et qui va dans tous les sens comme ta vie 
  parmi les mots, les morts.

  Tu sais bien qu'aucun signe ne guérit de l'aosence,
  pas plus que le merle en tombant ne renverse
  l'axe de la terre, mais tu persistes, ô scribe,
  à soudoyer les anges : 

  un peu d'or dans la boue, dites, que la nuit reste ouverte.

Si j'ai cherché — ai-je rien fait d'autre? — ce fut comme on descend une rue en pente ou parce que tout à coup les oiseaux ne chantaient plus. Ce trou dans l'air, 
entre les arbres, mon souffle ni mes yeux ne l'ont comblé — et je criais souvent      f au milieu des herbes, mais je n'attendais rien, je me disais : voilà,
je suis au monde, le ciel est bleu, nuages : — les nuages et qu'importé le cri sourd des pommes sur la terre dure : la beauté, c'est que tout va disparaître et que, le sachant, 
  tout n'en continue pas moins de flâner.

  VIII

Vers l'ouest, avec les derniers rayons rosés, en suivant bien la flèche sur le bas trop tendu de la nuif qui s'est penchée pour mettre l'avkrti dans sa poche, voilà
ce qui te tient encore, les yeux au ciel, debout sur ce parking où tu effiles dans le gris tes voiles de Colomb, tes routes de la soie et du sel et du seul, en attendant.
En attendant que tout finisse (tu dis towr comme celui qui siffle pour garder son ombre à ses côtés dans la ruelle obscure) tout : ce baiser — à peine — du couchant sur les lèvres
  de celle qui s'en va en te laissant le quai.

 

Guy Gofette Ce que j'ai voulu, je l'ignore.

 

 

Guy Gofette Ce que j'ai voulu, je l'ignore.

 

  LX

  Ce que j'ai voulu, je l'ignore. Un train
  file dans le soir : je ne suis ni dedans
  ni dehors. Tout se passe comme si si
  je logeais dans une ombre

  que la nuit roule comme un drap      
  et jette au pied du talus. Au matin,
  dégager le corps, un bras puis l'autre
  avec le temps au poignet

  qui bat. Ce que j'ai voulu, un train
  l'emporte : chaque fenêtre éclaire
  un autre passager en moi
  que celui dont j'écarte au réveil

  le visage de bois, les traverses, la mort.   

 

Il est des heures rares

 

Il   est des heures rares
  où toute apparence alentour vacille s’humilie s’efface
  comme les tentures
  mûres
  fermant la scène, l’acte fini, dans la cohue.
 
  Les sens sont engourdis, la minute en soi se complaît ;
  et dans nos yeux vaguement étourdis
  sans cause un sourire naît. »

 

Eugenio Montale, "Hautbois", Poésies éparses,

 

je me présente au monde

 

je me présente au monde
à mes ombres mêlée
un cri suffit pour saluer la terre
le ciel et mon visage à venir

Amina Saïd

 

nous sommes dans le songe du monde

 

nous sommes dans le songe du monde
comme un tranchant de clarté

nous sommes dans la transe de vivre

 

l'élan le souffle le silence

 

«l'élan le souffle le silence
le rêve de l'âme l'instant d'éternité
l'ombre transfigurée de ma mort
ce qui en moi vainement te cherche
tout commence et meurt avec les racines
calcinées du soleil sur le monde
car de toi me vient une part de lumière
mirage d'île sur l'écume de la mer

ainsi je ne dis pas, je chante
je brise la lumière pour que de toi elle se multiplie
je peins mes paupières aux couleurs de la terre
mes yeux se ferment sur une idée de la beauté
que tu portes comme une pudeur intime
je sème les pierres blanches de ma mort
je vole une minute de vie
à la courbe légère du temps
car de toi me vient une part de lumière
mirage d'île sur l'écume de la mer

je suis au monde comme un fruit
triste et heureux de la bouche qui l'embrasse
la voix de l'aube se mêle à la tienne
ainsi je ne dis pas, je chante
ce qui en moi vainement te cherche
depuis le jour où mes ombres
s'éparpillèrent autour de moi
crépuscule ébloui de la face d'un dieu barbare
le jour où une théorie d'oiseaux innocents
survola le mirage de mon île
rêve pur incisé dans la chair du temps
ainsi libre captive je m'achève et renais
avec la nuit ses miracles lumineux

                                   *

apparu disparu avec l'impétuosité du printemps
comme un corps nu dans la lumière éteinte
une étoile lyrique dans la nuit ensorcelée
tu me gratifias d'une esquisse de sourire
depuis je célèbre le tumulte intérieur
ma folie de femme lentement détruite
puis reconstruite le profil d'un sourire
qui s'étend sur le silence de mon poème
femme de peu de mots qui écrit
qui écrit comme si elle savait comment

mon histoire a la tristesse à fleur de corps
l'aérienne innocence des ténèbres »

Amina Saïd, La Douleur des seuils, Clepsydre/Éditions de la Différence, Paris, 2002, pp. 36-37.

 

je dois marcher longtemps encore

 

« je dois marcher longtemps encore
embrasser l’espace intérieur
m’élever de cercle en cercle
murmurer ce qu’il y a en moi
de plus pur que l’amour de plus nu
que la vie de plus vaste que la mort

je dois marcher longtemps encore
naître vivre mourir revivre
chaque instant de ma naissance
à mes renaissances survivre
au désir immense de la terre et du ciel
à celui que j’ai de ton corps

je dois marcher longtemps encore
pour arriver jusqu’à toi
attendre un nouveau printemps peut-être
car je ne sais aimer
que dans le temps de la lumière
les yeux fixés sur une autre forme de soleil  »

Amina Saïd, La Douleur des seuils, Clepsydre/Éditions de la Différence, 2002, page 45.

 

 

De décembre à la mer,

 

« je n’existe dit le vent
que par ma folie
le sable dans mes veines
est rouge
preuve de vie

l’oiseau en mes courants
est mené par mon souffle

je loge en la plus haute tour
berce le fruit prolixe
de vos jours doux-amers

je ranime l’éternelle flamme
pousse les océans vers la terre
rien ne m’arrête

je suis le même en chaque lieu
sous d’autres noms on me révère

l’écho
naît de la vibration qu’il engendre
et moi colportant l’écho
sur le silence je prends
ma revanche

j’anime le cerf-volant des âmes
car l’âme vit
à tous les étages du monde

le temps du rêve est sa demeure
d’où elle sourit aux étoiles

qu’elle croit s’absenter
veille le fil tendu »

Amina Saïd, De décembre à la mer, Clepsydre/Éditions de la Différence, 2001, pp. 22-23.

 

 

 

 

linea

 

marche

Par nomansland
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Samedi 15 décembre 2007

1

monde n'existe que dans les questions qu'on lui pose

 

Ce livre de Vincent Delecroix se lit rapidement mais pose les questions essentielles
Et l'absence non seulement de générosité, mais de toute qualification morale, l'absence criante des fondements rudimentaires de la moralité, me confirmait le degré alarmant de la bassesse qu'avait atteint l'humanité par le fait même que cette humanité était désormais non seulement livrée à la logique du monde économique, mais véritablement construite, recréée par lui. (p.58)
" [...], c'est cela la fin du monde : que nous ne nous voyions plus du tout les uns les autres."
" Vous voyez la philosophie veut comprendre, saisir le sens du monde dans lequel nous sommes, pas maîtriser ou expliquer ce monde. Quel sens a t-il pour nous ? Comment existe-t-il pour nous ? Et quand on pose des questions, de véritables questions, on laisse apparaître ce sens dans la question elle-même, vous comprenez ? Ou plutôt le sens se fait, il se fait dans la question ; le monde n'existe que dans les questions qu'on lui pose ; c'est cela, comprendre." (p.72)
Vincent Delecroix, À la porte, Ed Gallimard, 2004 
 
Il faut de l’amour pour saisir un visage,

 

Il faut de l’amour pour saisir un visage,

l’amour est ce qui rend visible.

Et qu’est-ce qui nous intéresse, à part être sous le regard ?
Qu’est-ce qui nous blesse,
sinon la transparence où nous sommes laissés ?

Rien ne nous manque jamais que la foi des visionnaires et le don du visage :
si nous pouvions seulement,
ne serait-ce qu’une fois,
céder au mystère de l’apparition...

Si nous pouvions oser ce geste mystique et fou : croire nos yeux.

Qu’est-ce qu’être aimé, dis-le moi, sinon apparaître

– je suis-là, regarde-moi -
Apparaître,
oui,
être à part.

 

Camille Laurens Cet absent-là 
 
 
Michel François Lavaur

 

 
 
    Ils jouaient dans la classe
    avec les mots et les images.
    Ils apprivoisaient
    peu à peu le langage.
    Ils faisaient des charades
    des rébus des comptines
    des bouts-rimés des acrostiches
    et des calligrammes.
    Ils dessinaient tout un bestiaire
    d’oiseaux quadrupèdes
    velus ou bicéphales
    des martaureaux et des cerfeuilles
    des serpaons des escargorilles.
    C’est ainsi qu’il est né
    avec sa trompe longue
    de papillon et ses huit pattes frêles
    l’éléphantastique.  
 
Pierre Morhange La pluie

 

 

       
 
    La pluie et moi marchions  
 
    Bons camarades  
 
    Elle courait devant et derrière moi  
 
    Et je serrais notre trésor dans mon cœur  
 
    Elle chantait pour nous cacher  
 
       
 
    Elle chantait pour endormir mon coeur  
 
    Elle passait sur mon front sa peau mouillée  
 
    Et humaine ma chère pluie  
 
    Elle tendait l'oreille   
 
    Pour savoir si mon chant silencieux était anéanti  
 
       
 
    Elle me met les mains sur les épaules  
 
    Et court tant haut dans la plaine du ciel  
 
    Et tant me montre les diamants du soleil  
 
    Et tant toujours me caresse la peau  
 
    Et tant toujours me chante dans les os  
 
    Que je deviens un bon camarade  
 
    J'entonne une grande chanson  
 
    Qu'on entend et les cabarets et les oiseaux  
 
    Disent à notre passage Maintenant  
 
    Ils chantent tous les deux.  
Pierre Morhange
 
LE DERNIER POÈME Eluard


 


   
 
J'ai rêvé tellement fort de toi,
  J'ai tellement marché, tellement parlé,
  Tellement aimé ton ombre,
  Qu'il ne me reste plus rien de toi.
  Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
  D'être cent fois plus ombre que l'ombre
  D'être l'ombre qui viendra et reviendra
  dans ta vie ensoleillée.

 
 
Le vaste monde Aragon

 

 


    Où faut-il qu'on aille  
 
    Pour changer de paille  
 
    Si l'on est le feu  
 
    A moins qu'il ne faille  
 
    Si l'on est la paille  
 
    Fuir avec le feu  
 
    La paille est si tendre  
 
    Mais vouloir l'étendre  
 
    Etendra le feu  
 
    Qu'on tente d'étreindre  
 
    Or il faut l'éteindre  
 
Eluard Pour qu'il lui soït règle d'or pur

 

 


Pour qu'il lui soït règle d'or pur
  Pour que sa gorge bouge douce
  Sous la chaleur tirant la chair
  Vers une caresse infinie
  Pour qu'elle soit comme une plaine
  Nue et visible de partout
  Pour qu'elle soit comme une pluie Miraculeuse sans nuage
  Comme une pluie entre deux feux
  Comme une larme entre deux rire*
  Pour qu'elle soit neige bénie
  Sous l'aile tiède d'un oiseau
  Lorsque le sang coule plus vite
  Dans les veines du vent nouveau •
  Pour que ses paupières ouvertes
  Approfondissent la lumière
  Parfum total à son image
  Pour que sa bouche et le silence
  Intelligibles se comprennent
  Pour que ses mains posent leur paume
  Sur chaque t£te qui s'éveille
  Pour que les lignes de ses mains
  Se continuent dans d'autres mains
  Distances à passer le temps
  Je fortifierai mon délire
  De l'océan à la source
  De la montagne à la plaine
  Court le fantôme de la vie .
  L'ombre sordide de la mort
  Mais entre nous
  Une aube naît de chair ardente
  Et bien précise
  Qui remet la terre en état
  Nous avançons d'un pas tranquille
  Et la nature nous salue
  Le jour incarne nos couleurs
  Le feu nos yeux et la mer notre union
  Et tous les vivants nous ressemblent
  Tous les vivants que nous aimons
  Les autres sont imaginaires
  Faux et cernés de leur néant
  Mais il nous faut lutter contre eux
  Ils vivent à coups de poignard
  Ils parlent comme un meuble craque
  Leurs lèvres tremblent de plaisir
  A l'écho de cloches de plomb A la mutité d'un or noir
  Un cœur seul pas de cceur
  Un seul cœur tous les cœurs
  Et les corps chaque étoile
  Dans un ci cl plein d'étoiles
  Dans la carrière en mouvement
  De la lumière et des regards
  Notre poids brillant sur terre
  Patine de la volupté
  A chanter des plages humaines
  Pour loi la vivante que j'aime
 
Eluard Un oiseau s'envole

 

 


   
Un oiseau s'envole,
    II rejette les nues comme un voile inutile,
    II n'a jamais craint la lumière,
    Enfermé dans son vol
    II n'a jamais eu d'ombre.
   
    Coquilles des moissons brisées par le soleil.
    Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
    Elles ne savent dire que oui,
    Toute question, toute réponse
    Et la rosée coule au fond de ce oui.
   
    Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.
    Il en rassemble les merveilles
    Comme des feuilles dans un bois,
    Comme des oiseaux dans leurs ailes
    Et des hommes dans le sommeil.
 
Et un sourire Eluard

 

    La nuit n'est jamais complète  
 
    Il y a toujours puisque je le dis  
 
    Puisque je l'affirme  
 
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte  
 
    Une fenêtre éclairée  
 
    Il ya toujours un rêve qui veille  
 
    Désir à combler faim à satisfaire  
 
    Un coeur généreux  
 
    Une main tendue une main ouverte  
 
    Des yeux attentifs  
 
    Une vie à se partager.  
                                                                                                  
Paul Eluard
 
Gaspar Lorand Il y a si longtemps que j'essaie de toucher la nuit

 

 


    il y a si longtemps que j'essaie
    de toucher la nuit les fronces légères
    que fait l'eau dans le silence —
 
 
    toucher dans le corps frileux, froissé
    le souffle de Dieu sur les eaux
    cette chose qui éclaire mes images
    et parfois de si loin les déchire
 
 
    les yeux de nuit un instant grand ouverts
    regardent chaque son ou battement brûler
    d'un insoutenable qu'il faut soutenir —
 
Par nomansland
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Vendredi 7 décembre 2007

Parlons d'amour, donc. Vous écrivez: «Certaines femmes sont des trappes où l'on tombe. Parfois, de ces pièges, on ne veut plus sortir.» Pourquoi ne «veut» -on plus en sortir?

E.-E.S. L'amour est la fréquentation assidue d'un mystère. Ce n'est pas satisfaisant (puisque ce mystère ne sera jamais percé) mais c'est passionnant. Aimer, c'est donc d'abord consentir au lien démesuré que l'on consent avec l'autre. Puis se rendre compte que ce lien ne sera jamais ni la connaissance de l'autre ni la possession de l'autre. Ce sera juste la fréquentation assidue de quelque chose qui nous échappe toujours: l'autre dans sa liberté, dans ses volte-face, dans ses capacités de partir ou de revenir, de dire non... Il y a dans l'amour un abandon quiétiste. Dans l'amour humain comme dans l'amour divin. Ce qui m'intéresse, c'est l'attachement irréversible, le lien impossible à défaire même lorsque la vie amoureuse devient insupportable.

En ce sens, aimer et écrire sont donc deux fréquentations d'un secret qu'il faut accepter de ne jamais percer?

E.-E.S. Oui, la similitude est grande. Au départ, il y a un impérialisme dans l'écriture, c'est-à-dire une volonté de s'approcher du secret, de le révéler et de le résoudre. Puis vient la période de l'humilité, c'est-à-dire le moment où l'on comprend que ce secret est précisément ce qui nous rend fécond, qu'on ne parviendra jamais à le posséder et qu'on ne doit pas y parvenir. L'amour est semblable: accepter de ne pas posséder le secret de l'autre, se rendre compte que c'est précisément parce qu'on ne cherche pas à le percer que l'amour se fortifie. La littérature vise à rendre du mystère, pas à en percer. L'amour aussi, je crois. La philosophie cherche à résoudre le mystère tandis que l'art, au contraire, célèbre le mystère.

Eric-Emmanuel Schmitt

Par nomansland
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Dimanche 2 décembre 2007

 

 

free music

Par nomansland
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Jeudi 29 novembre 2007

I don't believe in an interventionist God

But I know darling that you do

But if I did I would kneel down and ask Him

Not to intervene when it came to you

Not to touch your hair on your head

But to leave you as you are

And if He felt He had to direct you

Then direct you into my arms

 

Into my arms oh Lord

Into my arms oh Lord

Into my arms oh Lord

Into my arms

 

I don't believe in the existance of angels

But looking at you I wonder if that's true

And if I did I would summon them together

And ask them to watch over you

To each burn a candle for you

To make bright and clear your path

And to walk like Christ in grace and love

And guide you into my arms

 

Into my arms oh Lord

Into my arms oh Lord

Into my arms oh Lord

Into my arms

 

But I believe in love

And I know that you do too

And I believe in some kind of path

That we can walk down me and you

So keep your candles burning

Make a journey bright and pure

That you'll keep returning always and evermore

 

Into my arms oh Lord

Into my arms oh Lord

Into my arms oh Lord

Into my arms

 

Je ne crois pas en un Dieu interventionniste
Mais je sais,
chérie que tu y crois
Mais si je pouvais je m'agenouillerais et Lui demanderai
De ne pas intervenir quand Il viendt vers toi
De ne pas toucher un cheveu de ta tête
Mais de te laisser comme tu es
Et s'il le veut bien de te guider
de te guider alors dans mes bras

Dans mes bras Oh Seigneur
Dans mes bras Oh
Seigneur
Dans mes bras Oh Seigneur
Dans mes bras

Je ne crois pas en l'existence des anges
Mais en te regardant, je me le demande pourtant
Et si c'était le cas je les invoquerai stous
Et leur demanderait de veiller sur toi
Et à chacun de brûler une bougie pour toi
Pour que ton chemin soit clair et lumineux
Et comme le Christ que tu marches dans la grâce et l'amour
Et te guide dans mes bras

Dans mes bras Oh Seigneur
Dans mes bras Oh
Seigneur
Dans mes bras Oh Seigneur
Dans mes bras

Mais je crois en l'amour
Et je sais que toi aussi
Et je crois en une sorte de chemin
Où nous pouvons marcher toi et moi
Donc, laissez vos cierges brûler
Pour que tu reviennes toujours et toujours 
à ce voyage lumineux et pur

Dans mes bras Oh Seigneur
Dans mes bras Oh
Seigneur
Dans mes bras Oh Seigneur
Dans mes bras  
Par nomansland
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Jeudi 29 novembre 2007
"l'outrance et l'intempérance de la parole aboutissent toujours à rabaisser ce que l'on voudrait exalter. La sobriété n'exclut pas la chaleur. La véritable intimité n'est ni sèche, ni froide. Il y a une louange merveilleuse dans le SILENCE AIMANT. Louer quelqu'un en effet, c'est lui faire savoir qu'il est digne d'être aimé. Or, cela, on le signifie plus éloquemment par un simple regard qu'avec la profusion des mots". Varillon
Par nomansland
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Dimanche 4 novembre 2007
Autumn leaves under frozen souls,
Hungry hands turing soft and old,
My hero crying as we stood out their in the cold,
Like these autumn leaves I dont have nothing to hold.

Handsome smiles wearing handsome shoes,
Too young to say, though I swear he knew,
And i hear him singing while he sits there in his chair,
While these autumn leaves float around everywhere.

And I look at you, and I see me,
Making noise so restlessly,
But now its quiet and I can hear you sing,
'My little fish dont cry, my little fish dont cry.'

Autumn leaves how fading now,
That smile that ive lost, well ive found some how,
Because you still live on in my fathers eyes,
These autumn leaves, all these autumn leave, all these autumn leaves are yours tonite.

Par nomansland
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Vendredi 26 octobre 2007
« Il est des heures rares
où toute apparence alentour vacille s’humilie s’efface
comme les tentures
mûres
fermant la scène, l’acte fini, dans la cohue.

Les sens sont engourdis, la minute en soi se complaît ;
et dans nos yeux vaguement étourdis

sans cause un sourire naît. »
Eugenio Montale, "Hautbois", Poésies éparses,
Par nomansland
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