Samedi 15 décembre 2007
monde n'existe que dans les questions qu'on lui pose

 

Ce livre de Vincent Delecroix se lit rapidement mais pose les questions essentielles
Et l'absence non seulement de générosité, mais de toute qualification morale, l'absence criante des fondements rudimentaires de la moralité, me confirmait le degré alarmant de la bassesse qu'avait atteint l'humanité par le fait même que cette humanité était désormais non seulement livrée à la logique du monde économique, mais véritablement construite, recréée par lui. (p.58)
" [...], c'est cela la fin du monde : que nous ne nous voyions plus du tout les uns les autres."
" Vous voyez la philosophie veut comprendre, saisir le sens du monde dans lequel nous sommes, pas maîtriser ou expliquer ce monde. Quel sens a t-il pour nous ? Comment existe-t-il pour nous ? Et quand on pose des questions, de véritables questions, on laisse apparaître ce sens dans la question elle-même, vous comprenez ? Ou plutôt le sens se fait, il se fait dans la question ; le monde n'existe que dans les questions qu'on lui pose ; c'est cela, comprendre." (p.72)
Vincent Delecroix, À la porte, Ed Gallimard, 2004 
 
Il faut de l’amour pour saisir un visage,

 

Il faut de l’amour pour saisir un visage,

l’amour est ce qui rend visible.

Et qu’est-ce qui nous intéresse, à part être sous le regard ?
Qu’est-ce qui nous blesse,
sinon la transparence où nous sommes laissés ?

Rien ne nous manque jamais que la foi des visionnaires et le don du visage :
si nous pouvions seulement,
ne serait-ce qu’une fois,
céder au mystère de l’apparition...

Si nous pouvions oser ce geste mystique et fou : croire nos yeux.

Qu’est-ce qu’être aimé, dis-le moi, sinon apparaître

– je suis-là, regarde-moi -
Apparaître,
oui,
être à part.

 

Camille Laurens Cet absent-là 
 
 
Michel François Lavaur

 

 
 
    Ils jouaient dans la classe
    avec les mots et les images.
    Ils apprivoisaient
    peu à peu le langage.
    Ils faisaient des charades
    des rébus des comptines
    des bouts-rimés des acrostiches
    et des calligrammes.
    Ils dessinaient tout un bestiaire
    d’oiseaux quadrupèdes
    velus ou bicéphales
    des martaureaux et des cerfeuilles
    des serpaons des escargorilles.
    C’est ainsi qu’il est né
    avec sa trompe longue
    de papillon et ses huit pattes frêles
    l’éléphantastique.  
 
Pierre Morhange La pluie

 

 

       
 
    La pluie et moi marchions  
 
    Bons camarades  
 
    Elle courait devant et derrière moi  
 
    Et je serrais notre trésor dans mon cœur  
 
    Elle chantait pour nous cacher  
 
       
 
    Elle chantait pour endormir mon coeur  
 
    Elle passait sur mon front sa peau mouillée  
 
    Et humaine ma chère pluie  
 
    Elle tendait l'oreille   
 
    Pour savoir si mon chant silencieux était anéanti  
 
       
 
    Elle me met les mains sur les épaules  
 
    Et court tant haut dans la plaine du ciel  
 
    Et tant me montre les diamants du soleil  
 
    Et tant toujours me caresse la peau  
 
    Et tant toujours me chante dans les os  
 
    Que je deviens un bon camarade  
 
    J'entonne une grande chanson  
 
    Qu'on entend et les cabarets et les oiseaux  
 
    Disent à notre passage Maintenant  
 
    Ils chantent tous les deux.  
Pierre Morhange
 
LE DERNIER POÈME Eluard


 


   
 
J'ai rêvé tellement fort de toi,
  J'ai tellement marché, tellement parlé,
  Tellement aimé ton ombre,
  Qu'il ne me reste plus rien de toi.
  Il me reste d'être l'ombre parmi les ombres
  D'être cent fois plus ombre que l'ombre
  D'être l'ombre qui viendra et reviendra
  dans ta vie ensoleillée.

 
 
Le vaste monde Aragon

 

 


    Où faut-il qu'on aille  
 
    Pour changer de paille  
 
    Si l'on est le feu  
 
    A moins qu'il ne faille  
 
    Si l'on est la paille  
 
    Fuir avec le feu  
 
    La paille est si tendre  
 
    Mais vouloir l'étendre  
 
    Etendra le feu  
 
    Qu'on tente d'étreindre  
 
    Or il faut l'éteindre  
 
Eluard Pour qu'il lui soït règle d'or pur

 

 


Pour qu'il lui soït règle d'or pur
  Pour que sa gorge bouge douce
  Sous la chaleur tirant la chair
  Vers une caresse infinie
  Pour qu'elle soit comme une plaine
  Nue et visible de partout
  Pour qu'elle soit comme une pluie Miraculeuse sans nuage
  Comme une pluie entre deux feux
  Comme une larme entre deux rire*
  Pour qu'elle soit neige bénie
  Sous l'aile tiède d'un oiseau
  Lorsque le sang coule plus vite
  Dans les veines du vent nouveau •
  Pour que ses paupières ouvertes
  Approfondissent la lumière
  Parfum total à son image
  Pour que sa bouche et le silence
  Intelligibles se comprennent
  Pour que ses mains posent leur paume
  Sur chaque t£te qui s'éveille
  Pour que les lignes de ses mains
  Se continuent dans d'autres mains
  Distances à passer le temps
  Je fortifierai mon délire
  De l'océan à la source
  De la montagne à la plaine
  Court le fantôme de la vie .
  L'ombre sordide de la mort
  Mais entre nous
  Une aube naît de chair ardente
  Et bien précise
  Qui remet la terre en état
  Nous avançons d'un pas tranquille
  Et la nature nous salue
  Le jour incarne nos couleurs
  Le feu nos yeux et la mer notre union
  Et tous les vivants nous ressemblent
  Tous les vivants que nous aimons
  Les autres sont imaginaires
  Faux et cernés de leur néant
  Mais il nous faut lutter contre eux
  Ils vivent à coups de poignard
  Ils parlent comme un meuble craque
  Leurs lèvres tremblent de plaisir
  A l'écho de cloches de plomb A la mutité d'un or noir
  Un cœur seul pas de cceur
  Un seul cœur tous les cœurs
  Et les corps chaque étoile
  Dans un ci cl plein d'étoiles
  Dans la carrière en mouvement
  De la lumière et des regards
  Notre poids brillant sur terre
  Patine de la volupté
  A chanter des plages humaines
  Pour loi la vivante que j'aime
 
Eluard Un oiseau s'envole

 

 


   
Un oiseau s'envole,
    II rejette les nues comme un voile inutile,
    II n'a jamais craint la lumière,
    Enfermé dans son vol
    II n'a jamais eu d'ombre.
   
    Coquilles des moissons brisées par le soleil.
    Toutes les feuilles dans les bois disent oui,
    Elles ne savent dire que oui,
    Toute question, toute réponse
    Et la rosée coule au fond de ce oui.
   
    Un homme aux yeux légers décrit le ciel d'amour.
    Il en rassemble les merveilles
    Comme des feuilles dans un bois,
    Comme des oiseaux dans leurs ailes
    Et des hommes dans le sommeil.
 
Et un sourire Eluard

 

    La nuit n'est jamais complète  
 
    Il y a toujours puisque je le dis  
 
    Puisque je l'affirme  
 
    Au bout du chagrin une fenêtre ouverte  
 
    Une fenêtre éclairée  
 
    Il ya toujours un rêve qui veille  
 
    Désir à combler faim à satisfaire  
 
    Un coeur généreux  
 
    Une main tendue une main ouverte  
 
    Des yeux attentifs  
 
    Une vie à se partager.  
                                                                                                  
Paul Eluard
 
Gaspar Lorand Il y a si longtemps que j'essaie de toucher la nuit

 

 


    il y a si longtemps que j'essaie
    de toucher la nuit les fronces légères
    que fait l'eau dans le silence —
 
 
    toucher dans le corps frileux, froissé
    le souffle de Dieu sur les eaux
    cette chose qui éclaire mes images
    et parfois de si loin les déchire
 
 
    les yeux de nuit un instant grand ouverts
    regardent chaque son ou battement brûler
    d'un insoutenable qu'il faut soutenir —
 
Par nomansland
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil
podcast sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus