"La vie est ainsi faite : Certaines personnes partagent un peu de notre chemin puis s'en vont sur le leur.
D'autres nous suivent du début à la fin. Bien peu en fait.
Je reste persuadée que chaque personne a quelque chose à m'apporter.
C'est parfois évident, souvent obscur."
PARIS PARIS
je marche dans tes rues
qui me marchent sur les pieds
je bois dans tes cafés
je traine dans tes métros
tes trottoirs m'aiment un peu trop
je rêve dans tes bistrots
je m'assois sur tes ponts
je regarde tes momuments
je trinque à la santé de tes amants
je laisse couler tes seines
sous tes pentes à rengaines
toujours après la peine.
Souad Massi
« Toute fleur qui s’ouvre, on dirait qu’elle m’ouvre les yeux. Dans l’inattention. Sans qu’il y ait aucun acte de volonté d’un côté ni de l’autre.
Elle ouvre, en s’ouvrant, autre chose, beaucoup plus qu’elle-même. C’est pressentir cela qui vous surprend et vous donne la joie.
Alors même qu’il vous arrive désormais, par instants, de trembler, comme quelqu’un qui a peur et qui croit, prétend ne pas savoir pourquoi. »
Philippe Jaccottet, Et, néanmoins
E.-E.S. L'amour est la fréquentation assidue d'un mystère. Ce n'est pas satisfaisant (puisque ce mystère ne sera jamais percé) mais c'est passionnant. Aimer, c'est donc d'abord consentir au lien démesuré que l'on consent avec l'autre. Puis se rendre compte que ce lien ne sera jamais ni la connaissance de l'autre ni la possession de l'autre. Ce sera juste la fréquentation assidue de quelque chose qui nous échappe toujours: l'autre dans sa liberté, dans ses volte-face, dans ses capacités de partir ou de revenir, de dire non... Il y a dans l'amour un abandon quiétiste. Dans l'amour humain comme dans l'amour divin. Ce qui m'intéresse, c'est l'attachement irréversible, le lien impossible à défaire même lorsque la vie amoureuse devient insupportable.
En ce sens, aimer et écrire sont donc deux fréquentations d'un secret qu'il faut accepter de ne jamais percer?
E.-E.S. Oui, la similitude est grande. Au départ, il y a un impérialisme dans l'écriture, c'est-à-dire une volonté de s'approcher du secret, de le révéler et de le résoudre. Puis vient la période de l'humilité, c'est-à-dire le moment où l'on comprend que ce secret est précisément ce qui nous rend fécond, qu'on ne parviendra jamais à le posséder et qu'on ne doit pas y parvenir. L'amour est semblable: accepter de ne pas posséder le secret de l'autre, se rendre compte que c'est précisément parce qu'on ne cherche pas à le percer que l'amour se fortifie. La littérature vise à rendre du mystère, pas à en percer. L'amour aussi, je crois. La philosophie cherche à résoudre le mystère tandis que l'art, au contraire, célèbre le mystère.
Eric-Emmanuel Schmitt
Les poèmes sont tissés de lécume des jours. Ils sont autant de voyages dans la profondeur la plus secrète de chaque être. Ils sont fait dece langage inconnu et intraduisible qui échappe à chacun et parle à leur part la plus profonde.
« Il y a ainsi des gens qui vous délivrent de vous-même – aussi naturellement que peut le faire la vue d’un cerisier en fleur ou d’un chaton jouant à attraper sa queue. Ces gens, leur vrai travail, c’est leur présence. »
Christian Bobin
"les oeuvres qui possèdent une sorte d'imperfection sont celles qui parlent le plus à nos coeurs, précisément parce qu'elles sont imparfaites." (H.M. , p146)
ANTO TOSCAN
« Suivre le poisson, suivre l’oiseau,
Si tu envies leur erre, suis-les
Jusqu’au bout. Suivre leur vol, suivre
Leur nage, jusqu’à devenir
Rien. Rien que le bleu d’où un jour
A surgi l’ardente métamorphose,
Le Désir même de nage, de vol. »